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 Colonisation la mémoire bléssée

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Rayan
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MessageSujet: Colonisation la mémoire bléssée   Sam 22 Avr - 8:40

Un texte malencontreux sur les bienfaits de la colonisation, un projet de visite de Nicolas Sarkozy perçu comme une provocation... Et voilà tout le drame identitaire de l'outre-mer qui refait surface. Claude Askolovitch a découvert en Martinique des hommes déchirés entre leurs liens avec la France et leur besoin de se retrouver « sous peine de devenir fous »
Le plus embêtant, c'est qu'on n'y pensait même pas. A Paris, au Palais-Bourbon, on parlait de l'Algérie et de Brazzaville, de Jules Ferry et de Liautey, on soupesait le « rôle positif » de la colonisation - et les Antilles, médusées, se demandaient si la mère patrie devenait folle. La République, parfois, a les frivolités de Marie-Antoinette. Ainsi donc, la Martinique n'a pas toujours été une région française ? Divine surprise, les Antilles ont donc été des colonies, et peuvent même en souffrir ? La révolte a éclaté comme un cyclone. Elle a balayé une visite de Nicolas Sarkozy, annulée in extremis par un ministre que la Martinique allait accueillir dans une jacquerie imprévisible.Mais au-delà de la mésaventure sarkozienne, la crise révèle le hiatus entre l'Hexagone et l'outre-mer, chacun aux prises avec son drame identitaire, et incapables de trouver un langage commun. « Je veux bien admettre que le vote de cette loi était une gaffe, affirme Serge Letchimy, maire de Fort-de-France. Mais il n'y a plus d'excuse. Il faut l'abroger. La France est tentée de se dédouaner de son passé. Mais la colonisation et l'esclavage, c'est la même chose, un crime contre l'humanité, sans aucun aspect positif. Le même principe d'asservissement, d'humiliation, de dépossession ! » Monsieur le maire n'est pas subtil. Mais il est politique. Successeur et héritier d'Aimé Césaire, le poète politique, défenseur d'une autonomie de l'île dans l'espace français, Letchimy sait que l'impéritie de Paris nourrit un discours plus radical. Et il parle d'autant plus fort que l'incident bouleverse toute la société. « Ce n'est pas une affaire de gauchistes ou d'indépendantistes, même si on les entend beaucoup, explique Pascaline Jean-Josèphe, jeune avocate posée, française et martiniquaise sans états d'âme. Mais ici la colonisation a été une horreur, on ne peut pas jouer avec cette réalité. »

Petit rappel pour les enfants de France et leur ministre de l'Intérieur. La Martinique, colonisée, a connu le massacre de sa population indienne, puis son remplacement par des Africains raflés, déportés et asservis : 1635-1848, plus de deux siècles d'esclavage. Ensuite les colons sont devenus les « békés », Blancs aristocrates de l'île indemnisés par l'Etat après la perte de leurs esclaves. Des entrepreneurs, maîtres de l'économie, de la politique bien longtemps - une caste. Les Noirs sont restés Noirs dans une société marquée par l'empire de la race. « Quand ma fille est née, elle était claire de peau, se souvient Sael, vedette de la scène reggae de l'île. Je l'ai montrée à une grand-mère, qui répétait, elle est sauvée, elle est sauvée ! » Sael n'en fait pas une histoire.Ce garçon de 28 ans à dreadlocks, plein de douceur, ne ressemble pas aux intellectuels qui dissertent à Fort-de-France sur le « racisme français ». Sael parle de la Martinique de 2005. Celle des cités pauvres, du trafic de crack, de l'influence américaine, « des bad boys qui dealent, ont des flingues ou font du rap, où l'on insulte les homosexuels, parce que c'est la mode ». Il fustige les « assistés qui vivent du RMI et ces femmes qui font des enfants pour les allocations ». Il contemple les préjugés de son île, « ces gens qui pensent qu'on doit avoir les cheveux courts pour être un type bien. Le racisme, on l'a en nous. L'esclavage ? Je ne le chante plus vraiment ». Mais sa grand-mère pleurait de joie tant sa fille était blanche. « J'avais de la peine. » Sael, jeune sage, contemplait la vieille humiliation noire ?Voilà les fantômes des îles. Ils n'empêchent pas d'aller célébrer les fêtes du rhum dans les plantations où vivaient les esclaves ou de soutenir les Bleus contre le Costa Rica. Mais ils torturent les plus responsables. Ainsi Letchimy, soudain agressif quand on évoque le jeune Senghor du Sénégal, devenu normalien à Paris par la grâce inattendue du colonisateur. « Si vous lisiez Cheikh Anta Diop, vous ne penseriez pas que Senghor a été illuminé par la culture européenne ! » Cheikh Anta Diop ? Un écrivain et chercheur sénégalais qui a passé sa vie à prouver que l'Egypte antique était nègre, comme étaient noirs les premiers hommes, et que le Nil fut la matrice de l'humanité. Il a donc besoin de ça, cet ingénieur en urbanisme, l'homme de pouvoir ? De se dire que l'Afrique fut le berceau de la civilisation, que Ramsès II était noir, et que la mélanine est le propre de l'homme ? Etrange référence pour un homme politique majeur et a priori rationnel.On mesure mal la profondeur des gouffres identitaires. On croit que tout est folklore et littérature. Les Martiniquais ? Des poètes ! On cite Césaire, même Sarkozy voulait sa photo avec lui. On oublie qu'il a fait rimer bien des mots. « Un génocide par substitution », scandait-il pour condamner l'immigration martiniquaise en France, et l'arrivée en Martinique d'une population de « métros ». Au moins le verbe servait-il de thérapie. C'est terminé. Malgré sa verdeur, Césaire chantait en français sa négritude, imprégné de culture grécolatine. Ses héritiers n'en sont plus là. La France n'est plus la source. « Quand je suis arrivé en France pour faire médecine, c'était une époque unique, la découverte du jazz, de Joséphine Baker, un bonheur permanent », se souvient le docteur Pierre Aliker - 98 ans, meilleur ami de Césaire.Ce combattant aurait de bonnes raisons de haïr l'Hexagone. Son frère, André, journaliste communiste, fut assassiné en 1934 parce qu'il dérangeait le pouvoir béké. La justice, jusqu'à Paris, étouffa le scandale. Aliker est pourtant sans haine. « La France est aussi la terre des droits de l'homme. Moi, je me suis battu toute ma vie contre les oppresseurs. Mais aujourd'hui j'entends surtout des gens qui pleurent. »Le contraste, de fait, est saisissant. Quand Aliker s'interdit toute rancoeur, on entend des intellectuels ressasser l'« humiliation » de l'esclavage, citer la « blessure sacrée », condamner le « négationnisme » français, mettre en avant leur « mémoire étouffée », alors que la Martinique a déjà basculé. Leur souffrance semble à retardement. Les békés ont lâché la politique. La France est modeste. Cela fait des années que la statue de Joséphine a été décapitée, sur la place de la Savane - méchante Joséphine, épouse créole de Napoléon, qui rétablit l'esclavage. Mieux encore ? Un lycée porte le nom de Franz Fanon, ce psychiatre antillais qui partit combattre avec le FLN algérien ! Et le 22 mai 1848, jour de la révolte des esclaves, qui acta l'émancipation octroyée par Paris, est célébrée dans l'île.La Région est présidée par un indépendantiste sec et coléreux, Alfred Marie-Jeanne. Cet ancien instituteur est populiste, il voulait jadis chasser les drogués et les rastas « à coups de balata » - un bois flexible qui fait un fouet redoutable. Mais populaire, intègre, rose de peau - cette couleur pâle ajouterait à son autorité -, un faux air de Trotski, et un immense orgueil nourri de reconnaissance frustrée. Il rage que l'on confonde encore l'île avec Césaire, dont les partisans le regardent de haut. Sa vice-présidente, Marie-Hélène Leotin, est une prof d'histoire « marxiste-léniniste ». C'est la nouvelle élite martiniquaise, semblable à celle d'un pays émergent. Mais ce pouvoir est déconnecté des réalités économiques. « Le 22 mai, je fais comme tout le monde, je vais à la plage, provoque Georges Marraud des Grottes, entrepreneur héritier d'une grande famille békée. Seuls les militants indépendantistes sacralisent ce jour. Le passé est assumé. Il a été horrible. Mais il ne doit plus nous bloquer. Je ne suis pas responsable. Je vis avec les Antillais noirs. Mon fils, s'il le veut, épousera une jeune femme noire. Mais on doit développer cette île ! » Marraud des Grottes sait bien que ses ancêtres ont raté tant d'occasions, que sa caste n'a pas fait le travail d'apaisement, quand elle avait encore le pouvoir. « La Martinique est en plein débat existentiel, affirme Yann Montplaisir, ami du béké, élu UMP et entrepreneur immobilier. Elle a besoin de se coucher sur un divan, de dégorger son passé. Les indépendantistes n'iront pas à l'indépendance, et tout le monde le sait. Cette île n'acceptera pas la régression économique que provoquerait la rupture. Si une droite intelligente rompait avec son passé, quand elle était aux ordres des békés et de Paris, on sortirait de l'impasse. Pour l'instant, on est condamné à la schizophrénie. »La schizophrénie est mauvaise conseillère. Ainsi l'affaire Dieudonné - pour certains, une avant-première de l'épisode Sarkozy. Au mois de mars dernier, le comique scandaleux débarque à Fort-de-France pour y jouer son spectacle « Mes excuses » (lui, mimant un esclave en fuite, suppliant le « peuple élu » de lui pardonner). A l'aéroport, Dieudonné est repéré par quatre jeunes juifs. Ils le suivent, l'agressent, sont arrêtés. Ensuite, tout dérape. Dieudonné affirme avoir été traité de « sale négro ». Il ment. Mais son bluff fonctionne. Il devient le martyr de l'île, un Noir attaqué par des Blancs ! Le symbole est dévastateur. On l'emmène chez Aimé Césaire. Des tracts dénoncent une « agression sioniste et raciste », on manifeste, on insulte. « On nous a reproché de «trahir notre race» en défendant les juifs, se souvient Pascaline Jean-Joseph, avocate d'un des agresseurs. Même des confrères ont joué avec l'antisémitisme. Au procès, la vérité a été rétablie. De jeunes idiots avaient réagi stupidement, sans aucune intention raciste. » Mais aujourd'hui encore, les dieudonnistes persistent. Problème : ce sont les mêmes qu'on voit au premier rang des mobilisations contre Sarkozy et la « loi de la honte ». Ainsi l'écologiste Garcin Malsa, maire de Sainte-Anne, une commune balnéaire qu'il pavoise aux couleurs indépendantistes, mais où va ouvrir un nouveau Club Med censé relancer le tourisme. « Ce qu'on a fait à Dieudonné, c'était comme l'assassinat d'Aliker. Un piège tendu à un Noir sur une terre qui a connu l'esclavage », lance-t-il. Galéjade ? Malsa n'est pas un extrémiste isolé. Mais un vieux militant, grand ami de Dominique Voynet - « elle m'a envoyé des bisous pour notre action contre Sarkozy ». Mais également correspondant de réseaux tiers-mondistes et de groupes noirs radicaux de métropole. Malsa est ambigu comme le gauchisme. En même temps, des gens sincères peuvent l'aimer - comme on aimerait un éveilleur de conscience.Dans les années 1970, il était jeune prof, un de ces enseignants nationalistes qui racontaient l'histoire de leur pays à des lycéens laissés dans l'ignorance. Marie-Hélène Leotin travaillait avec lui. « Ce sont eux qui m'ont incité à lire Césaire, puis Fanon, qui nous ont ouvert les yeux sur l'histoire de la Martinique, se souvient Jean-Claude «Kolo» Barts. A l'époque, l'Education nationale ne l'évoquait jamais. » Pourtant, ce fils de petits fonctionnaires, amoureux de musique, a déjà rencontré le drame de son pays. En février 1974, près de chez lui, des ouvriers agricoles de la banane sont partis en grève. C'est une affaire de quelques centimes, pour des gens plus pauvres que pauvres - descendants d'esclaves devenus prolétaires, main-d'oeuvre sous-payée, à la merci des patrons pour qui l'Etat est alors un simple bras armé. Les patrons - les maîtres - appellent la troupe pour mater les grévistes. Gendarmes en hélicoptères, tirs à balles réelles. On relève deux morts. « L'un d'eux avait mon âge, pratiquement. J'ai assisté à la découverte de son corps. Personne n'osait rien dire, on avait peur. C'était cela, la société martiniquaise, il y a trente ans. » Jean-Claude, chez lui, écrit un long poème, le met en musique... Puis il reprend sa vie, part en France étudier la psychiatrie, devient infirmier, se réinstalle en Martinique, sans jamais cesser de chanter, pour lui, des airs traditionnels qu'il compose. Un jour, par hasard, on l'invite à chanter son ode aux grévistes tués sur une scène de théâtre. C'est une révélation. En quelques mois, « Février 74 » devient la chanson emblématique d'une île qui se redécouvre. Toujours infirmier, Kolo Barts est devenu chanteur à part entière, célèbre l'âme du « petit pays », barde en créole de la Martinique. Il est croyant, limpide, donne de l'amour d'une voix rauque, comme s'il soignait son pays avec ses notes. « Nous avons besoin de héros, de modèles positifs, si nous voulons sortir de la folie. Nous devons nous souvenir des esclaves, des ouvriers insurgés, des nègres marrons, ceux qui secouaient leurs chaînes. Je n'ai aucun problème avec la France ou les Blancs, je vous le jure. Mais nous devons nous retrouver, sinon nous resterons fous. »

Claude Askolovitch
Source Nouvel Obs :
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MessageSujet: Re: Colonisation la mémoire bléssée   Mar 14 Fév - 17:52

L' histoire se répète, les hébreux ont été esclaves en Egypte puis libérés par Moise avec la grace de Dieu ; de meme, les noirs ont subi le meme sort avec les occidentaux et vont retourner en Afrique la terre de leurs ancetres... Esaie 49-17
Le monde change et la domination va changer de mains...
Lisez, traduisez et faites lire les blogs du Vrai Messie: http://messie.over-blog.com/ et http://filsdelhomme.centerblog.net et http://lefilsdelhomme.seneweb.com/
Aimez la Vérité car Dieu est Vérité !
le Fils de l homme
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MessageSujet: Re: Colonisation la mémoire bléssée   Mer 18 Avr - 8:52

Le monde change et la domination va changer de mains...
Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers...
Aimez la Vérité et gardez vous de tout mal !
le Fils de l homme


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Paco
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MessageSujet: Re: Colonisation la mémoire bléssée   Lun 2 Juil - 0:53

le Fils de l homme a écrit:
Le monde change et la domination va changer de mains...
Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers...
Aimez la Vérité et gardez vous de tout mal !
le Fils de l homme

Amen
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